Les 100 ans de la croisade eucharistique : Deux témoignages

Jean-Pierre et son groupe avec le drapeau de la croisade eucharistie (croix entourée d’un cercle)

Jean-Pierre et son groupe avec le drapeau de la croisade eucharistie (croix entourée d’un cercle)

Une rencontre mondiale aura lieu à Rome du 4 au 10 août 2015 avec le thème « Afin que ma joie soit en vous ». Les jeunes représentants du MEJ de plus de 30 pays auront la chance d’être reçus par le pape François en audience privée. Pour marquer le centenaire de la Croisade Eucharistique, l’ancêtre du MEJ, notre Mejic News 42 a rencontré deux anciens membres de la croisade eucharistique vivant aujourd’hui dans notre diocèse.

témoignage de Marie-Claude

Peux-tu présenter qui tu es, ce que tu fais et ton parcours de vie?

Je viens d’avoir 70 ans, je suis une maman de 3 filles et grand-mère de 5 enfants. J’ai une particularité parce que je suis non-voyante, qui ne m’empêche pas de vivre. Je suis allé à l’école j’ai appris le secrétariat en braille. J’ai arrêté mon boulot pour élever mes enfants, comme j’ai pu. Je garde une de mes petites-filles régulièrement. Je suis engagée sur la paroisse, je réponds au téléphone comme bénévole à la radio RCF et depuis plus de 30 ans, je milite dans une association de non-voyants « voir ensemble ». Pour enraciner tout ça je fais partie d’une équipe CVX (Communauté Vie Chrétienne) : Bien beau d’agir mais il faut aussi se ressourcer dans quelque chose.

Quel souvenir as-tu de ce que tu as vécu en croisade? de quel âge à quel âge?

Depuis mon enfance, j’ai été membre de mouvements chrétiens, j’ai été croisée, aspirante messagère, messagère et aspirante cadette, de 8 ans environ jusqu’à 18 ans, de 1952 à 1962. J’aimais beaucoup pour plusieurs choses parce qu’on se retrouvait entre copines et pour les temps de prières avec la responsable d’équipe qui nous guidait. On avait juste un insigne : un losange allongé bleue en aspirante cadette. J’ai commencé à 8 ans dans l’école avec les voyants, il n’y avait pas de discrimination, c’était très agréable. J’ai reçue l’insigne de messagère à Lourdes en 1958 par un prêtre aveugle de Lyon et ça m’avait énormément marquée. C’était à l’occasion d’un pèlerinage de la croisade des aveugles pour le centenaire des apparitions, mes parents étaient venus avec moi, et j’avais retrouvé ce groupe pour participer à la célébration.

Que vivais-tu pendant les rencontres,rassemblements ou camps de la croisade?

On avait des réunions régulières à l’école puis en pension à l’école d’aveugles de Lyon. Ce que j’aimais, c’est cette spiritualité. J’étais très sensible quand on nous parlait de Jésus qui nous aimait et qui pouvait nous aider quand on avait des difficultés, de le prendre comme ami. J’appréciais la camaraderie avec les autres, mais aussi avec ceux qui n’étaient pas en mouvement avec nous, d’aller vers les plus pauvres. Quand j’étais aspirante cadette, on avait des marraines,
j’avais choisi Anne-marie, une fille malvoyante aussi qui avait un an de plus et qui savait me faire entendre raison quand j’avais fait une bêtise…

En quoi la croisade a été un moment important de ta vie et de ta foi?

Important dans ma vie parce que, malgré mon handicap, je me sentais acceptée avec les autres et elles étaient les premières à m’aider, à suppléer mes manques. Dans ma foi, ça m’a construit dans la mesure où c’était régulier, où on nous disait des choses de tous les jours et on vivait le partage et la fraternité. J’y pense encore, j’ai quelque part encore un petit peu de cette foi d’enfant, cette confiance, cette innocence, je n’ai pas l’esprit de juger tout de suite.

Souhaites-tu rajouter quelques éléments supplémentaires sur la croisade eucharistique et sur ce qui t’a marqué?

Il y avait une devise… « Prie, communie, sacrifie toi et sois apôtre ». Cette devise engage, elle a engagé mon enfance, mais elle peut très bien continuer d’engager ma vie d’adulte : prier, communier et être apôtre, c’est toujours vrai. C’étaient de très belles années.

témoignage de Jean Pierre

Peux-tu présenter qui tu es, ce que tu fais et ton parcours de vie?

Je suis le frère Jean Pierre Destombes, frère mariste depuis cinquante ans maintenant. Je suis dans la communauté mixte et internationale de Notre Dame de l’Hermitage à Saint-Chamond. Je suis né dans le pays des chtis, d’une famille nombreuse et profondément chrétienne. Je suis allé à l’école primaire de ma ville qui était tenue par les frères maristes. A 12 ans, je pars au juvénat puis je rentre au noviciat l’année du Concile et je fais mes premiers voeux à 20 ans. Toute ma vie sera vouée à la catéchèse et à la formation au sein de ma congrégation. J’ai travaillé de longues années dans les diocèses concordataires de Moselle et d’Alsace. Il y a onze ans maintenant, mes supérieurs m’appelaient au service de l’accueil et de l’animation dans cette grande maison de l’Hermitage.

Quel souvenir as-tu de ce que tu as vécu en croisade? De quel âge à quel âge?

Les frères de mon école primaire animaient la croisade eucharistique. Alors je crois que je suis allé de 8 à 11ans. J’ai démarré en tant que croisé et j’étais aussi enfant de choeur, cela allait dans le même sens. Je ne me suis jamais ennuyé à la messe car on était toujours bien occupé dans ce service.

Que vivais-tu pendant les rencontres, rassemblements ou camps de la croisade?

Je voudrais partager quelques images fortes qui m’ont profondément marquées. Je me souviens de petites célébrations que l’on faisait au sein de l’équipe. Notre frère était très créatif. Il y avait un climat très sympa : on se connaissait tous très bien. Je me souviens aussi de notre participation aux processions qui avaient lieu le 15 août et pour la Fête–Dieu. Nous étions habillés avec une tenue de croisé : tunique à créneaux et heaume en tissu. La couleur du ruban sur la tête variait avec le groupe auquel nous appartenions. Je me souviens d’une adoration au saint sacrement un jeudi saint. Pour un gamin de notre âge, rester debout une heure devant le saint sacrement en tenue, c’était quelque chose de très sérieux et d’important. Une sacrée responsabilité ! Notre devise nous disait : « Prie, Communie, Sacrifie-toi, Sois apôtre ! ». Chaque semaine nous faisions le point de nos prières, de nos messes, de nos sacrifices et de nos bonnes actions.

En quoi la croisade a été un moment important de ta vie et de ta foi?

Bien sûr le contexte chrétien de la famille a été le plus déterminant dans ce que je suis devenu. Il y a eu aussi l’école et l’influence des frères. Chaque jour une heure de caté, le samedi une heure de catéchisme marial, une heure d’histoire sainte qui me passionnait. Tout cela, ont été des influences aussi. Je crois que la croisade eucharistique m’a aidé à avoir une relation personnelle avec Dieu. J’ai beaucoup été marqué aussi par l’esprit d’équipe, par les actions que l’on menait. Une certaine intériorisation dans la vie de prière. Une certaine fierté de participer à ce mouvement dont la pédagogie de croisé m’enthousiasmait. C’était une aventure un peu conquérante. Je crois aussi que ce mouvement nous a forgé une certaine propension à la générosité. Je dis souvent, à qui veut l’entendre, que ma vocation s’est forgée à cette époque. Le seul reproche que je ferai, c’est qu’à cet âge, je croyais que c’était moi le conquérant et que c’était moi qui me forgeais une certaine « sainteté ».

Souhaites-tu rajouter quelques éléments supplémentaires sur la croisade eucharistique et sur ce qui t’a marqué?

En tant que jeune frère, j’ai eu l’occasion de renouer avec le MEJ en Lorraine. J’ai surtout retenu les camps d’animation en paroisse avec le Père Herzog qui est devenu un ami pour moi. J’ai pu m’apercevoir de l’évolution de la pédagogie du mouvement. Je me souviens bien de ma présence aux deux rassemblements nationaux d’Orléans. Merci beaucoup de m’avoir donné l’occasion de relire ce moment important de mon enfance et de retrouver la richesse qu’elle m’a apportée.

En 1844 le Père François-Xavier Gautrelet eut l’idée de proposer à un groupe de jésuite en formation, à Vals, près Le Puy, d’offrir au Seigneur leur travail de tous les jours. Un mouvement allait voir le jour : l’Apostolat de la prière. Cette attitude d’offrande ne pouvait que rejoindre celle du Christ dans son Eucharistie. En se rejoignant, l’offrande du Christ et celle du chrétien allaient donner naissance à la Croisade eucharistique. En 1914, la Croisade eucharistique est proposée aux enfants pour les rapprocher de l’Eucharistie, répondant ainsi à l’appel du Pape Pie X. La guerre retarde ce projet. Mais en 1916, à l’invitation du Père Bessières, la Croisade se développe rapidement. Les Pères jésuites en assurent l’animation. En 1960, pour marquer le cinquantenaire des décrets de Pie X, 3 500 délégués de la Croisade eucharistique de France se rendent en pèlerinage à Rome. Le Pape Jean XXIII donne sa bénédiction « aux Cadettes, Messagères et Chevaliers du Christ qui représentent le Mouvement eucharistique français… ». En 1962, la Croisade prend le nom de « Mouvement eucharistique des jeunes ». L’Assemblée des cardinaux et archevêques de France approuve cette dénomination lors de sa session de mars 1962. Le 5 novembre 1987, à l’occasion des 25 ans du mouvement, 450 jeunes et responsables, en pèlerinage à Rome, sont reçus en audience privée par le Pape Jean-Paul II. En 1997, par plus de cinquante veillées dans toute la France, le MEJ fête ses 35 ans.
Publié dans MEJ.